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JOURNEE THEMATIQUE DES DOMS


CONFERENCE DEBAT

Samedi 29 mai

De 14h à 18h

 

 

La question de l'origine de l'homme relancée

Avec Marc Groenen

Professeur à l’Université Libre de Bruxelles

Et Robert Legros

Professeur à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université de Caen

 

Intrigués par la lecture d'un magazine titrant "Coup de tonnerre dans le monde scientifique: le singe descend de l'homme", nous avons eu envie d'en savoir plus, à la fois sur les implications scientifiques de cette découverte mais également sur les conséquences philosophiques de ce retournement de point de vue.

Nous vous proposons donc les regards croisés d’un préhistorien (Marc Groenen) et d’un philosophe (Robert Legros) sur la spécificité de l’humanité de l’homme au sein du monde animal. 

 


L’humanité de l’homme et ses représentations

Marc Groenen


L’homme s’inscrit dans le règne animal. La question de savoir comment humanité et animalité s’articulent dans le temps reste néanmoins d’actualité. Quelle est la place de l’homme parmi les homininés, comment aborder la difficile question du basculement de l’animalité vers l’humanité, quel rôle le milieu a-t-il joué dans ce basculement, voilà quelques-unes des questions importantes qui se posent au préhistorien et au philosophe d’aujourd’hui.

En ce qui concerne les formes humaines fossiles, l’archéologie a démontré une diversité que l’on ne soupçonnait pas il y a un demi-siècle à peine. Quant aux récentes techniques de datation, elles ont permis de déterminer la place de ces êtres dans le temps. Nous disposons aujourd’hui de dizaines de milliers d’ossements fossiles qu’il est possible de dater et de situer dans le continuum évolutif des homininés. C’est pourquoi il est devenu nécessaire de réinterroger les critères qui donnent à l’homme son humanité. Parmi eux, la bipédie permanente apparaît toujours comme un fait majeur pour les conséquences morpho-anatomiques qu’elle entraîne. Or, celle-ci est acquise à partir de 7 millions d’années avec les premières formes d’homininés connues (Toumaï, Orrorin…), soit quelque 3 millions d’années avant les Australopithèques et 4,5 millions d’années avant le premier représentant du genre humain. Cette mise en évidence de la bipédie dès les origines de la sous-famille des homininés va à l'encontre de l'image "classique" du redressement postural. Les conséquences sont évidemment fondamentales pour notre représentation de l’évolution humaine, et donc pour celle de nos origines.

La question pour le scientifique et le philosophe est, en effet, de savoir comment organiser ces documents pour en donner une représentation cohérente. Celle-ci ne se donne pas au départ d’une banale compilation des faits. Les données sont toujours organisées en fonction d’un modèle que le scientifique lui-même constitue. C’est pourquoi le bilan des connaissances doit aller de pair avec l’évaluation du modèle à travers lequel elles s’organisent.



L’humanité éprouvée

Robert Legros 


Les sciences de l’homme ont mis en lumière un fait anthropologique fondamental : il n’y a pas d’humanité sans culture ou ordre symbolique. C’est toujours dans une culture ou un ordre symbolique que tout groupe humain pense, perçoit et sent ; agit, fabrique et travaille. Pas d’humanité sans culture, et pas de culture qui soit plus proche de la nature qu’une autre : les sociétés archaïques ne sont pas plus naturelles, ni moins naturelles, que les sociétés modernes. En faisant ressortir l’ancrage de toute humanité au sein d’une culture, les sciences de l’homme ont renouvelé l’interrogation métaphysique sur la différence entre l’homme et l’animal. Elles incitent en tout cas à prendre en compte l’idée générale selon laquelle l’humanité de l’homme se distingue de l’animalité par sa concrétisation en une humanité inscrite dans une culture ou un ordre symbolique.

L’industrie lithique (pierres taillées), vers 2,6 millions d’années , l’usage maîtrisé du feu (entre 1 million d’années et 700.000 ans), une réponse concertée au phénomène de la mort (à partir de 350.000 ans), le codage de l’organisation familiale par des règles de parenté, sont des inventions bien plus anciennes que la naissance de notre espèce, homo sapiens (entre 300.000 et 200.000 ans). Or elles attestent une rupture avec l’ordre animal : ils impliquent un ordre symbolique ou une culture.

S’il est vrai que l’homme est un être de culture, que chaque culture distincte est constitutive d’une humanité particulière, ou encore que chaque humanité est dans sa culture comme dans un monde, l’idée d’une humanité universelle ne serait-elle pas une abstraction vide ? En quel sens peut-on parler d’une humanité universelle (ou une humanité de l’homme, ou une essence de l’homme) si l’hominisation (la rupture de l’homme avec l’animalité des autres animaux) est par principe une entrée dans une culture, donc dans une humanité particulière ?



Tarif unique: 8€

Réservations: 04 90 14 07 99 ou sur info@lesdoms.eu



du 29/05/2010 au 29/05/2010

 

 

 

 
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